Carnet de Provence — une chronique de famille
Chapitre III
The 1940 exodus, remembered on a southern road — La Rochelle, Tata, and the ditch beside the trees.L’exode de 1940, retrouvé sur une route du Midi — La Rochelle, Tata, et le fossé au pied des arbres.
Driving south · June 2026En voiture, vers le sud · juin 2026

On the road south — and the talk, somewhere past the vineyards, turning back to 1940.Sur la route du sud — et la conversation qui, quelque part après les vignes, est revenue à 1940.
Some roads you travel once, as a child, and never entirely leave.Il y a des routes qu’on ne prend qu’une fois, enfant, et qu’on ne quitte jamais tout à fait.
We were driving south through Provence — vineyards, then the long avenues where plane trees close overhead and the light comes down in bars — when the country began to loosen something older in her. She had made this journey before, the other way and another lifetime ago: south, away from the war, a girl in the back of her mother’s car. The modern road and the remembered one ran together for a while, and she talked.Nous descendions à travers la Provence — les vignes, puis ces longues allées où les platanes se referment au-dessus de la route et où la lumière tombe par barreaux — quand le pays s’est mis à défaire en elle quelque chose de plus ancien. Elle avait déjà fait ce trajet, dans l’autre sens et dans une autre vie : vers le sud, loin de la guerre, une enfant à l’arrière de la voiture de sa mère. La route d’aujourd’hui et celle du souvenir ont fait un bout de chemin ensemble, et elle a parlé.
Her father was not with them; he had gone. It was her mother who drove. And there was Tata — a woman of the country who had been part of her father’s household for so long that the family had all but adopted her, near her own mother’s age, and with them on the road. At La Rochelle, where they had been, the Germans had taken the school entire — occupied it completely — and otherwise, she said, left them alone. There was hunger. The Red Cross handed out a bowl of soup if you queued outside for it.Son père n’était pas avec elles ; il était parti. C’est sa mère qui conduisait. Et il y avait Tata — une femme du pays, entrée depuis si longtemps dans la maison de son père que la famille l’avait pour ainsi dire adoptée, presque du même âge que sa mère, et du voyage avec elles. À La Rochelle, d’où elles venaient, les Allemands avaient pris l’école tout entière — ils l’occupaient entièrement — et pour le reste, disait-elle, ils les laissaient tranquilles. On avait faim. La Croix-Rouge distribuait un bol de soupe à qui faisait la queue dehors.

There is a memory she tells almost against herself: that she once took bread — stole it — and that her mother was furious with her for it. She was a child, and she was hungry, and she has never quite decided which of those facts should win. She says it plainly, the way you say a thing you have carried a long time: I was so hungry. Her mother’s anger and her own small crime sit side by side, unreconciled, eighty years on.Il y a un souvenir qu’elle raconte presque contre elle-même : qu’elle a pris du pain un jour — qu’elle l’a volé — et que sa mère en a été furieuse. Elle était une enfant, elle avait faim, et elle n’a jamais vraiment décidé lequel de ces deux faits devait l’emporter. Elle le dit simplement, comme on dit une chose qu’on porte depuis longtemps : J’avais tellement faim. La colère de sa mère et son petit crime à elle sont restés côte à côte, sans se réconcilier, quatre-vingts ans plus tard.
These lines are reconstructed from the recording, cleaned only enough to read, and her switching between French and English is kept as she spoke it. The last is the hardest passage on the tape; it is set down here with as light a hand as honesty allows.Ces phrases sont reconstituées d’après l’enregistrement, nettoyées juste assez pour être lisibles, et ses passages du français à l’anglais sont conservés tels qu’elle les a dits. La dernière est le passage le plus difficile de la bande ; elle est transcrite ici avec toute la légèreté que l’honnêteté permet.
She did not dwell on it, and she would not let it become a lesson. Only this, returned to more than once: that ordinary people do not vote for war — they are simply left in the road when it comes. She looked out at the news from elsewhere, and then back at the quiet country going by, and let it rest.Elle ne s’y est pas attardée, et elle n’a pas voulu en faire une leçon. Seulement ceci, sur quoi elle est revenue plus d’une fois : que les gens ordinaires ne votent pas la guerre — on les laisse simplement sur la route quand elle arrive. Elle a regardé les nouvelles venues d’ailleurs, puis de nouveau la campagne tranquille qui défilait, et elle en est restée là.
The south, in the end, was where the war was not — and it is where she has come back to, all these years later, on purpose and in peace. The vineyards ran gold beside the road and the Alpilles stood up pale against the evening, and the girl who once went south to be safe was driven south again to be home. The two journeys are not the same. But they share a direction, and a light at the end of the day.Le Midi, au bout du compte, c’était là où la guerre n’était pas — et c’est là qu’elle est revenue, toutes ces années après, volontairement et en paix. Les vignes couraient dorées au bord de la route et les Alpilles se dressaient, pâles, contre le soir, et l’enfant qui était partie vers le sud pour être en sûreté, on l’y a reconduite, cette fois pour être chez elle. Les deux voyages ne se ressemblent pas. Mais ils ont une direction en commun, et une lumière au bout du jour.

She went south once to survive it, and south again to remember. The road forgives nothing, and keeps everything.Elle est descendue vers le sud une fois pour y survivre, et une autre fois pour se souvenir. La route ne pardonne rien, et garde tout.