Carnet de Provence — une chronique de famille
Chapitre IV
A day in the Alpilles — a long lunch, a village square, and the New York years remembered in Maman’s own voice.Une journée dans les Alpilles — un long déjeuner, une place de village, et les années New York racontées de la voix même de Maman.
Les Alpilles · 3 June 2026Les Alpilles · le 3 juin 2026
All five of us on the terrace, the Alpilles behind — the kind of laughter you can’t pose for.Nous cinq sur la terrasse, les Alpilles derrière — un rire qui ne se met pas en scène.
She came back to the country that made her — and over one slow Provençal day, gave it all back to us in stories.Elle est revenue au pays qui l’a faite — et, le temps d’une journée provençale sans hâte, elle nous a tout rendu en histoires.
We began in the quarries — great halls cut from the white limestone of the Alpilles, cool and cathedral-quiet while the morning was still soft. You walk in and the scale undoes you: walls sawn clean as cliffs, light falling in slabs from somewhere far overhead. Maman had spent a life among precious, invisible things; it felt right to start the day inside something so plainly, enormously material. The same white stone that built half of Provence — and, somewhere across an ocean and a few decades, not so far in spirit from the white shirts and white labs of another life entirely.Nous avons commencé par les carrières — de grandes salles taillées dans le calcaire blanc des Alpilles, fraîches et silencieuses comme des cathédrales, tandis que la matinée était encore douce. On entre et l’échelle vous désarme : des murs sciés net comme des falaises, la lumière tombant en dalles depuis on ne sait où, tout là-haut. Maman avait passé sa vie parmi des choses précieuses et invisibles ; il y avait quelque chose de juste à commencer la journée à l’intérieur d’une matière aussi franche, aussi énorme. La même pierre blanche qui a bâti la moitié de la Provence — et qui, à un océan et quelques décennies de là, n’était pas si loin, au fond, des chemises blanches et des laboratoires blancs d’une tout autre vie.

By midday we were at a table set against a wall of glass, the limestone ridge of the Alpilles filling the frame as if someone had hung the whole massif on the wall for us. Bread, oil, a bottle sweating in the heat. Maman in pink, presiding — because she has always presided, whatever the room. This is where the talk began to turn backward, gently, the way it does over a long lunch when nobody is in a hurry to be anywhere.À midi, nous étions à une table dressée contre un mur de verre, la crête calcaire des Alpilles remplissant le cadre comme si l’on avait accroché le massif entier au mur pour nous. Du pain, de l’huile, une bouteille qui perlait dans la chaleur. Maman en rose, présidant — parce qu’elle a toujours présidé, où qu’elle se trouve. C’est là que la conversation a commencé à remonter le temps, doucement, comme elle le fait au cours d’un long déjeuner quand personne n’est pressé d’être ailleurs.

Afterward, the village square: plane trees, a red awning, spritzes the colour of a Provençal sunset, and a white deux-chevaux parked at the kerb as though it had been waiting for us since 1975. (A Citroën at the kerb — and somewhere down the family line, Émile and his engines. Some threads you don’t have to pull; they just turn up.) It was here, with a drink in hand and no clock running, that the real interview happened — her granddaughter asking the questions, Maman answering in that weather-system of French and English she has always spoken, where a sentence can begin in Paris and finish in Manhattan.Ensuite, la place du village : les platanes, un store rouge, des spritz couleur de coucher de soleil provençal, et une deux-chevaux blanche garée le long du trottoir comme si elle nous attendait depuis 1975. (Une Citroën au bord du trottoir — et quelque part dans la lignée familiale, Émile et ses moteurs. Certains fils, on n’a pas besoin de les tirer ; ils se présentent tout seuls.) C’est là, un verre à la main et sans horloge pour nous presser, que le véritable entretien a eu lieu — la petite-fille posait les questions, Maman répondait dans ce climat mouvant de français et d’anglais qu’elle a toujours parlé, où une phrase peut commencer à Paris et finir à Manhattan.



Somewhere between the first spritz and the second, a man named Gilbert stopped by the table — « Enchanté, Gilbert. » — and the conversation derailed, magnificently, into a collective attempt to remember the names of the white-tiger magicians of Las Vegas. David Copperfield came first (wrong), then a long, cheerful struggle — « no cheating, no Google in the brain » — until someone landed it: Siegfried & Roy. And then, inevitably, the other tiger man — the one from the lockdown documentary, Florida, all those cuckoos and cats. Joe Exotic. A perfect Provençal afternoon: the grandest stories and the silliest, sharing one table.Quelque part entre le premier spritz et le deuxième, un homme du nom de Gilbert s’est arrêté à notre table — « Enchanté, Gilbert. » — et la conversation a magnifiquement déraillé vers une tentative collective de retrouver les noms des magiciens aux tigres blancs de Las Vegas. David Copperfield est venu en premier (faux), puis une longue et joyeuse bataille — « on ne triche pas, pas de Google dans la tête » — jusqu’à ce que quelqu’un trouve : Siegfried & Roy. Et puis, inévitablement, l’autre homme aux tigres — celui du documentaire du confinement, la Floride, tous ces allumés et tous ces fauves. Joe Exotic. Un après-midi provençal parfait : les plus grandes histoires et les plus bêtes, à la même table.
She built fragrances in New York through the seventies and eighties — Paris to Manhattan on the Concorde, a research bench at one of the great houses, a chauffeur, and a clientele of designers and perfume men. What follows is hers, drawn from the recording we made that afternoon, tidied only enough to read — the cadence, the code-switching, the swagger all kept.Elle a composé des parfums à New York dans les années soixante-dix et quatre-vingt — Paris-Manhattan en Concorde, une paillasse de recherche dans l’une des grandes maisons, un chauffeur, et une clientèle de couturiers et de parfumeurs. Ce qui suit est d’elle, tiré de l’enregistrement que nous avons fait cet après-midi-là, à peine mis en ordre pour se laisser lire — la cadence, les passages d’une langue à l’autre, le panache, tout est resté.
The day started in the dark. Awake before five; an hour running in Central Park — « past the hippies, past the homeless, you run » — then the gym, the bicycle, the weights. A shower there, and the car already waiting downstairs.La journée commençait dans le noir. Debout avant cinq heures ; une heure de course à Central Park — « tu passes devant les hippies, devant les sans-abri, et tu cours » — puis la salle, le vélo, les poids. Une douche sur place, et la voiture qui attendait déjà en bas.
Then the meetings, the corporation, selling to the designers; and afterward the chauffeur again, out to see the clients across Manhattan. A uniform she never broke from:Ensuite les réunions, la société, la vente aux couturiers ; puis de nouveau le chauffeur, pour aller voir les clients à travers Manhattan. Un uniforme dont elle ne s’est jamais départie :
The dinners were business and they were glorious: the top of the towers they later took down — the Lauders walking her up to the table — and, for something French, the Tour d’Argent. Her favourite among all of them was Robert Ricci, of Nina Ricci. The house wanted her to win that business; she won it the only way she knew how.Les dîners, c’était le travail, et c’était somptueux : le sommet des tours qu’on a abattues depuis — les Lauder qui la conduisaient jusqu’à la table — et, pour du français, la Tour d’Argent. Son préféré, parmi eux tous, c’était Robert Ricci, de chez Nina Ricci. La maison voulait qu’elle décroche ce client ; elle l’a décroché de la seule façon qu’elle connaissait.
And the philosophy underneath it all — part astrology, part autobiography. She is a Gemini, and quick to tell you the sun sign is the least of it.Et la philosophie sous tout cela — moitié astrologie, moitié autobiographie. Elle est Gémeaux, et elle vous dira aussitôt que le signe solaire est le moins déterminant de l’affaire.
We finished where Provence does its best work: a domaine in the late light, the Alpilles going amber behind the rows, an olive tree, a wine barrel, the five of us pressed together for the camera and not managing to stay still. Maman in the leather jacket she has absolutely earned the right to wear, laughing in the middle of all of us. There are days you know, even while you’re inside them, that you’ll want back exactly as they were. This was one. So we wrote it down.Nous avons fini là où la Provence fait son meilleur ouvrage : un domaine dans la lumière tardive, les Alpilles qui viraient à l’ambre derrière les rangs, un olivier, un tonneau, nous cinq serrés les uns contre les autres devant l’objectif et incapables de tenir en place. Maman dans le blouson de cuir qu’elle a largement gagné le droit de porter, riant au milieu de nous tous. Il y a des journées dont on sait, pendant qu’on les vit encore, qu’on voudra les retrouver telles quelles. C’en était une. Alors nous l’avons écrite.

A woman named for a Provençal poem, who made her name in New York, brought home to the hills for an afternoon — and giving us, between the spritzes and the silliness, the whole of it.Une femme dont le nom vient d’un poème provençal, qui s’est fait un nom à New York, rendue à ses collines le temps d’un après-midi — et qui nous a tout donné, entre les spritz et les bêtises.